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Comme au musée

par Bastien Ogier

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Les expositions européennes attirent de plus en plus de visiteurs et deviennent même le moteur d’échappées culturelles le temps d’un week-end. Ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir voyager, ou ont tout simplement raté ces temps forts de l’expression artistique, peuvent se procurer en librairie les catalogues de ces événements qui sont de véritables bijoux. Que la visite commence!

Paris, c’est LA ville culturelle par excellence. De février à mai cette année, 325’000 visiteurs ont admiré l’exposition Vermeer et les maîtres de la peinture de genre au Musée du Louvre. Quant à la collection Chtchoukine se tenant à la Fondation Louis Vuitton, elle a accueilli 1,2 million de visiteurs en cinq mois, un record d’affluence qui ne fut égalé qu’en 1967 avec l’exposition Toutankhamon au Petit Palais. 

L’art contemporain, quant à lui, préfère souvent s’exposer dans des lieux moins haussmanniens que ceux de la capitale française. Ainsi, le Moderna Museet de Stockholm a rassemblé jusqu’en mai dernier, sous le titre The Cleaner, les œuvres de l’artiste serbe Marina Abramović, surnommée la grand-mère du performing art. Cette manifestation culturelle a rameuté, des quatre coins du globe, pas moins de 70’000 fans de cette artiste, et aussi les curieux avides de découvertes. 

Hirst s’offre la Cité des Doges

Damien Hirst, lui, va signer l’expo la plus folle de la décennie avec, pour la première fois à Venise, une présentation répartie dans deux musées différents, le Palazzo Grassi et la Punta della Dogana, les fiefs du mécène François Pinault. 

Présentée jusqu’au 3 décembre 2017, Treasures from the Wreck of the Unbelievable est la dernière création de l’enfant terrible de l’art contemporain, pur produit de ce que l’on appelle les Young British Artists. Connu pour ses requins en apesanteur dans du formol ou la vache et le veau tranchés en deux (aussi conservés dans du formol) – œuvres qui, soit dit en passant, lui valurent le prix Turner en 1995 – Hirst nous conte cette fois-ci le mythe d’un trésor retrouvé dans les profondeurs de l’océan Indien.

Cette pêche miraculeuse, composée d’un spectaculaire démon en résine de dix-huit mètres, de statues d’hydres combattantes, d’un pharaon qui ressemble comme deux gouttes d’eau à Pharrell Williams ou encore d’un Mickey Mouse tout de corail vêtu, mélange le style classique aux références pop avec une habileté déconcertante. Les deux cents œuvres conçues pour l’occasion ne laissent aucun doute sur la paternité de Hirst. On y retrouve aisément son obsession pour la mort, son interrogation sur le devenir du corps et sur le temps qui passe, le tout avec une espièglerie de génie. On l’aime pour son audace, on l’adule pour sa subversion. 

On l’achète (très cher) même quand il affirme ne faire qu’apposer sa signature sur ses spot paintings réalisés par son assistante Rachel. Et enfin, on le déteste pour sa mégalomanie. Preuve en est que Hirst et ses créations sont des catalyseurs d’émotions propres à l’art contemporain.

Papy Pop Art 

Plus sobre et plus soft bien que tout aussi britannique, l’octogénaire David Hockney voit le Centre Pompidou, conjointement avec la Tate Britain de Londres, lui consacrer une rétrospective démente. Le travail prolifique du peintre aux baigneurs et aux sinueuses routes de Mulholland Drive est bien sûr mis en avant dans cette exposition qui a aussi l’intelligence d’intégrer des éléments moins connus de la carrière de Hockney, à savoir son travail photographique et ses collages.

À croire qu’être artiste contemporain rend mégalo, Hockney s’est offert une monographie complète chez Taschen en format sumo (500 pages et 40 kilos) signée et numérotée, le tout supporté par un lutrin conçu par le designer australien Marc Newson. Le livre, qui pour l’anecdote contient 56 représentations de teckel à poil brun ainsi que des dessins faits sur Ipad, trône fièrement au cœur de la rétrospective de Pompidou et pourrait être considéré comme la clé de voûte de l’exposition.

Sous l’objectif de Evans 

Enfin, le 14 août dernier, s’est achevée, toujours au Centre Pompidou, une exposition photo d’envergure, unanimement saluée : la rétrospective sur Walker Evans, dépeignant les visages tannés de dureté de l’Amérique en crise des années 1930. Parallèle évident avec la «Mère migrante» de Dorothea Lange, les clichés saisissent, perturbent et laissent une impression de vide intérieur par le biais de postures et de regards lourds de sens. L’exposition met également en exergue la culture vernaculaire américaine avec des photographies d’enseignes et de devantures, témoins d’une Amérique révolue.

À la rentrée à Paris

Après ce premier semestre riche en émotions artistiques, se profile une fin d’année tout aussi captivante : l’une des expos phares sera celle des Galeries Nationales du Grand Palais Gauguin, l’alchimiste (du 11 octobre 2017 au 22 janvier 2018). Les œuvres présentées mettront en avant le travail de l’artiste sur la matière ainsi que son processus de création, bâtissant son art sur la répétition de thématiques et de motifs.

Tout aussi léger et glamour, le Grand Palais accueillera en parallèle le centenaire de Irving Penn, grand photographe de mode, exposant en partie sa collaboration avec le magazine Vogue.

Rubens verra son travail de portraitiste de cour présenté au Musée du Luxembourg (du 4 octobre 2017 au 15 janvier 2018) tandis que le Centre Pompidou retracera les années d’avant-guerre d’André Derain, notamment sa participation à l’effervescence artistique du Bateau-Lavoir.

Pour l’art contemporain, la Fondation Louis Vuitton accueillera plus de deux cents œuvres de tous horizons artistiques provenant des acquisitions du MoMA (du 11 octobre 2017 au 5 mars 2018).

Ça se passe près de chez nous

Côté helvétique, deux rendez-vous à ne pas manquer : Jazz & Lettres à la Fondation Bodmer à Genève (jusqu’au 25 février 2018) et l’exposition de l’artiste dissident chinois Ai Weiwei intitulée C’est toujours les autres, présentée au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne (du 22 septembre 2017 au 28 janvier 2018). Figure de proue de l’art contemporain asiatique contestataire, rendu célèbre par ses vases de la dynastie Han griffés du logo Coca-Cola ou encore par son majeur érigé sur une photo de la place Tian’anmen, l’artiste revient pour la première fois en Suisse depuis son exposition en 2004 à la Kunsthalle de Berne.

Un petit conseil : sortez vos agendas, la fin de l’année sera résolument artistique!

Damien Hirst's: Treasures of the Wreck of the Unbelievable

Marina Abramovic | The Cleaner


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