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Ô le bel album!

par Laurence Desbordes

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Que se passe-t-il quand Aymon rencontre Cosey? Des histoires d’hommes serait-on tenté de penser. Que nenni! Les deux artistes ont uni leurs talents pour faire revivre d’anciennes chansons suisses dans un livre CD et nous offrir un opus dans lequel se mêlent paroles, aquarelles et notes de musique aux tonalités mélodieuses qui fleurent bon les alpages. Interview croisée avec ces deux gaillards.

Tout part d’un recueil de chansons édité en 1929 et confié au Valaisan Marc Aymon. Amateur de voyages autour du globe, dans le cœur des gens et au fil du temps, l’interprète décide de ressusciter ce trésor patrimonial tout en évitant les notes nostalgiques. Il fait appel à plusieurs talents suisses dont précisément Cosey pour illustrer le livre CD. Et c’est dans son chalet douillet, niché à flanc de montagne aux Diablerets, que le dessinateur avec le chanteur à ses côtés nous accueille très gentiment. Discussions croisées entre thé vert et croissants aux amandes.

Vous vous connaissiez avant de vous lancer tous les deux dans cette aventure?

Marc Aymon : Non, on ne s’était jamais rencontré. J’ai donc pris mon téléphone et ai appelé Bernard afin de lui parler du projet.

Cosey : Et moi je lui ai dit que pour le moment j’étais très occupé, mais qu’il pouvait me rappeler d’ici un an. (rires)

Marc Aymon : C’est vrai, mais cela a été un échange très sympathique quoi qu’il en soit.

L’idée du projet est née quand?

Marc Aymon : Fin 2015, lorsqu’on m’a remis le recueil de chansons.

Pourquoi avez-vous choisi Cosey pour illustrer Ô bel été!

Marc Aymon : Parce que j’aimais son travail et je me suis dit que sa sensibilité allait bien fonctionner avec ce projet que je voulais intergénérationnel. Il me semblait aussi évident que le talent de Bernard allait à la fois appuyer mais aussi casser le côté caricatural, ou trop rustique du projet. Mais le plus évident bien sûr, c’est que j’ai pensé à lui à cause de son rapport à la nature et aux paysages.

Et vous Cosey, pourquoi avez-vous accepté?

Cosey : Peut-être parce mon album À la recherche de Peter Pan, qui se situait dans les Alpes valaisannes, m’a donné envie de persévérer dans la voie du patrimoine alpin. Et puis, il y avait une bonne coïncidence. Cela me semblait tout naturel. Je trouve que l’on produit beaucoup, notamment en bandes dessinées – environ 7000 nouveautés par an – mais que finalement c’est intéressant d’aller rechercher en arrière des œuvres et des travaux qui ont été oubliés.

Est-ce qu’avec cette aventure, vous ressentez une responsabilité vis-à-vis du patrimoine?

Marc Aymon : Je n’ai pas pensé à ça. Je suis tombé sur les chansons. Je les ai trouvées belles, je me suis dit que c’était une manière de rendre hommage à mes origines. Quelque part dans le temps, on m’a chanté ces chansons-là ; je me suis donc demandé si c’était possible de les orchestrer, de me les réapproprier, de me les mettre en bouche et d’en faire des versions qui allaient me plaire vraiment en cassant parfois ce côté un peu rengaine.

Le but n’était surtout pas de se complaire dans le passé mais au contraire d’aller vers l’avenir. Je suis d’ailleurs assez content car ce livre disque va être utilisé comme manuel scolaire. Ainsi, les enfants vont pouvoir aussi faire de ces textes, de ces musiques, les leurs.

Cosey : Moi, la responsabilité, je la ressens dans mon travail. C’est d’ailleurs pour ça que je fais des voyages et des repérages pour essayer de ne pas trop trahir le Tibet ou mes sujets habituels. Et dans ce livre, c’est la même chose. Ces dessins sont inspirés d’esquisses que j’ai faites dans des petits musées comme celui d’Évolène, qui est un musée des traditions par exemple, ou la médiathèque du Valais. Je trouve ça très intéressant puisqu’en même temps il faut jongler, prendre des libertés…

Cosey, à quel stade du projet avez-vous commencé à faire vos dessins?

Cosey : Avant l’enregistrement définitif. J’avais les textes, Marc est venu deux fois avec sa guitare me jouer les morceaux et m’a envoyé les maquettes.

Marc Aymon : Ce qu’il faut dire aussi, c’est que sur ce projet Bernard a été plus que dessinateur. Il m’a aussi beaucoup conseillé au niveau du travail d’édition, du choix du papier, des couleurs et, musicalement, il m’a aussi encouragé à travailler avec des sociétés locales, à utiliser les cuivres, les chœurs…

Cosey : Oui, quand tu m’as parlé du projet, j’avais envie d’entendre ces fanfares de village qui jouent un peu faux… mais bon, là ils ne jouent pas faux… (rires)

Vous aviez des envies précises au niveau des dessins?

Marc Aymon : Non, nous avons surtout beaucoup discuté de la couverture et nous sommes mis d’accord sur l’oiseau qui chante. Une sorte d’image d’Épinal, et bien sûr le rouge-gorge s’est imposé assez vite.

Cosey : En fait, les dessins à l’intérieur sont issus de l’édition de luxe d’À la recherche de Peter Pan. Seuls ceux de la couverture et du quatrième de couverture sont inédits.

Pourquoi avez-vous désiré faire un livre avec un CD et non pas un disque, tout simplement, avec pochette et paroles à l’intérieur?

Marc Aymon : Parce que j’avais envie d’offrir aux gens un bel objet généreux que l’on peut tenir en main, partager, prendre avec soi. Donc, très vite, l’idée du livre s’est imposée et nous sommes allés rencontrer le relieur, l’imprimeur ; on a choisi un beau papier de 130 grammes pour avoir l’impression que les dessins viennent juste d’être faits. Tout le monde, à tous les niveaux, s’est vraiment investi pour que cela soit réussi et esthétique.

Qu’est ce que vous a apporté cette aventure?

Cosey : C’est toujours sympa de collaborer avec les autres, de franchir ces passerelles d’un métier à un autre, d’un support à un autre, de l’image à la musique. J’ai trouvé que c’était un échange très intéressant. J’avoue que j’aime bien travailler seul puisque c’est ce que je fais toujours. Je dessine, écris mes scénarios, compose mes couleurs quand il y en a, puisque dans le dernier, il n’y en a pas (ndlr : Calypso, sorti le 12 octobre 2017 chez Futuropolis, est en noir et blanc). Mais pour Ô bel été!, j’ai apprécié cet échange qui en plus m’ouvrait une porte sur le domaine de la musique.

Marc Aymon : Cela m’a apporté beaucoup de choses à moi aussi, notamment au niveau du partage et de l’échange. Et puis le fait que ce livre CD continue de vivre lors de concerts, de rencontres dédicaces à travers toute la Suisse et voyage en 2018 dans beaucoup de pays grâce à la Francophonie ajoute de la beauté à cette aventure.


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